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Capitalisme

Système social caractérisé par la propriété privée des moyens de production et par la vente de la production qui en résulte sur des marchés où offre et demande s'ajustent au moyen de variations de prix. Du fait de la propriété privée des moyens de production, la recherche du profit joue un rôle essentiel, à la fois pour orienter la production et pour financer les investissements.

 

Commentaire:
Trois questions taraudent les historiens, les économistes et les sociologues concernant le capitalisme. D'abord, quand et sous quelle influence est-il né? Ensuite est-il viable sur le long terme? Enfin, peut-on parler du capitalisme ou de capitalismes (au pluriel)?
La première question celle de son origine est loin d'être tranchée, même si un accord relatif se fait jour pour indiquer que c'est vers le XVIIe siècle, avec la généralisation et l'extension des marchés, que le capitalisme prend son essor. Braudel a montré que, s'il existait depuis longue date des marchés locaux, l'apparition de marchés internationaux –le commerce à la grande aventure– engendre une couche sociale de marchands et de banquiers qui constitue le fondement de la grande bourgeoisie. La révolution industrielle à l'œuvre à partir du milieu du XVIIIe siècle donne un coup d'accélérateur, en bouleversant les techniques traditionnelles (réduction forte des coûts de production) et en suscitant l'apparition d'entrepreneurs. Reste que ce mariage entre le marché et l'innovation technique a sans doute été favorisé par des conditions culturelles. Max Weber a souligné l'importance des valeurs véhiculées par certains courants religieux (le puritanisme protestant) qui ont, selon lui, incité les entrepreneurs à prendre des risques, à investir et à accumuler de la richesse, cette dernière prouvant que l'on se conformait à la volonté divine (le salut par les œuvres).
En ce qui concerne la viabilité du capitalisme à long terme, bien des analystes l'ont mise en doute, à commencer par Marx: ce dernier estimait que les contradictions internes du système finiraient par être les plus fortes. Il mettait en avant les difficultés croissantes de rentabilisation du capital, dans un système qui ne cesse d'augmenter le capital (technique) par personne employée. Schumpeter, pour sa part, estimait que l'apparition d'une économie complexe engendrerait inévitablement des phénomènes de bureaucratisation, donc le déclin des entrepreneurs, c'est-à-dire de ceux qui innovent et qui ont fait du capitalisme un système dynamique. Keynes a souligné les désajustements possibles entre production et débouchés, estimant que, livré à lui-même, le capitalisme engendre inéluctablement le sous-emploi. C'est la raison pour laquelle le capitalisme a besoin, pour fonctionner correctement, d'une régulation publique: le marché ne suffit pas parce qu'il s'agit d'une régulation microéconomique (chaque agent s'adapte à l'environnement qu'il constate), alors que le système a besoin d'une régulation macroéconomique (c'est l'ensemble du système qui est interdépendant). Au contraire, les libéraux mettent en avant les vertus du marché et de la concurrence: le premier est autorégulateur, et contraint chaque acteur à s'adapter (c'est l'analyse de Hayek, pour qui le marché est porteur d'infiniment plus d'informations que tout système centralisé). Quant à la concurrence, elle lamine sans cesse les rentes de situation et contraint à l'innovation, assurant du même coup une croissance forte. Le débat, qui a rebondi avec l'actuelle crise, est loin d'être clos.
Quant au troisième débat sur l'unicité ou la pluralité du capitalisme, il est en train de s'éclaircir: même si l'économie marchande repose partout sur des mécanismes similaires, les relations qui s'établissent entre les acteurs sociaux sur le marché mêlent étroitement économie, culture et histoire. Michel Albert (et avant lui Andrew Shonfield) a mis en évidence l'existence d'un capitalisme rhénan, fonctionnant grâce à une cogestion entre acteurs sociaux, et un capitalisme anglo-saxon, basé sur des mécanismes de marché plus purs. Quant au Japon, chacun voit bien que le capitalisme qui s'y est épanoui est encore différent, mariant Etat et grandes firmes dans une espèce de front commun cimenté par le nationalisme. Le capitalisme qui est en train de naître dans les économies en transition (anciens pays de l'Est et ancienne URSS) est encore différent: des mécanismes identiques n'empêchent pas des règles, des conventions ou des fonctionnements différents.



Date de mise à jour : 22/01/2010




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