Comment transformer une faillite en triomphe !

Christian Chavagneux
Alternatives Economiques n° 370 - juillet 2017

Le 7 juin dernier, l'Europe a réussi à organiser la faillite de Banco Popular, une banque espagnole au bord du gouffre avec 3,5 milliards de pertes en 2016. En une nuit et sans un seul accroc, la banque a été vendue à sa rivale Banco Santander, pour un euro symbolique. Quel contraste avec la gabegie qui avait suivi la crise des subprime et celle de la zone euro ! Pour éponger les pertes, les actionnaires ont été rincés (1,3 milliard d'euros) et une partie des créanciers, qui avaient troqué des taux d'intérêt plus élevés (plus de 8 %) contre la possibilité de ne pas être remboursés en cas de problèmes, a également perdu sa mise (2 milliards). De son côté, la banque Santander va utiliser une partie de ses réserves et lever 7 milliards d'argent frais pour finir de boucher les trous. Ni l'Europe ni l'Etat espagnol ne versent un euro d'argent public. Un triomphe de la régulation post-crise ?

Pas de triomphalisme

En fait, non, pas vraiment. Banco Popular est loin de représenter un véritable test de la solidité des nouvelles règles visant à faire payer le secteur privé avant toute aide d'Etat.

La banque madrilène est un petit établissement, le sixième sur le marché espagnol, dont le total des activités représente en gros un dixième de celles du Crédit agricole. Pas un énorme mastodonte dont il faudrait gérer des milliers de filiales aux relations financières complexes. En clair, ce n'est pas une "banque systémique", c'est-à-dire un établissement dont les soucis peuvent sérieusement fragiliser le système bancaire national, européen ou mondial.

Glorifiant leur intervention, les régulateurs européens oublient de rappeler qu'ils avaient fixé l'an dernier à la banque un objectif en termes de capital que l'établissement avait dépassé sans difficulté. Visiblement, le niveau n'était pas adéquat ! Et rappelons qu'elle avait passé certes de justesse, mais réussi tout de même, les stress tests européens de l'été 2016.

De plus, une inconnue demeure sur la possibilité d'un risque juridique. Les investisseurs qui ont vu leur argent partir en fumée après avoir souscrit à l'augmentation de capital de 2016 commencent à parler d'expropriation. Peuvent-ils faire valoir des droits devant les tribunaux ? La question reste posée.

Et puis, faire payer les actionnaires et les créanciers, c'est bien, surtout lorsqu'une bonne partie sont des fonds d'investissements américains. Si c'était des particuliers, l'argent des retraites placé dans des fonds de pension ou les placements d'autres banques la décision aurait été sûrement plus difficile à prendre ! Pour preuve, l'Italie a dépensé 5 milliards (plus 12 milliards de garanties) pour sauver deux banques vénitiennes fin juin.

Un risque pour demain

Enfin, permettre à la première banque espagnole de racheter l'une de ses concurrentes fait d'elle un établissement encore plus gros, plus relié au reste du système bancaire mondial, et donc encore plus systémique. On comprend bien l'intérêt de Santander : elle récupère une banque qui, au-delà de ses déboires dans l'immobilier, détient une position stratégique dans le financement des PME espagnoles. On comprend bien l'intérêt des régulateurs espagnols et européens, qui font couvrir les pertes de Popular par les profits et l'augmentation de capital annoncée de Santander. Mais il y a un risque que, demain, le contribuable européen doive payer pour tout cela.

La mise en faillite ordonnée de Banco Popular représente indéniablement une réussite de l'Union bancaire européenne. Mais de là à en faire un triomphe…

Christian Chavagneux
Alternatives Economiques n° 370 - juillet 2017
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