Espagne : le social mal financé

Andreu Missé, Directeur d'Alternativas Economicas
Alternatives Economiques n° 372 - octobre 2017

Alors que les débats se focalisent aujourd'hui sur la question de l'indépendance de la Catalogne, la question de la répartition des ressources financières entre les communautés autonomes (régions) fait l'objet depuis longtemps d'un âpre contentieux en Espagne. L'organisation institutionnelle de l'Etat prévoit une répartition déterminée des fonctions et des ressources dans la gestion de l'Etat-providence, assortie d'un système de financement qui s'est révélé pervers. Globalement, l'Etat central gère les retraites et l'assurance chômage, tandis que les communautés autonomes ont en charge la santé, l'éducation et la protection sociale.

Irresponsabilité partagée

Mais alors que l'Etat central dispose des financements nécessaires pour ses compétences, les communautés ont la gestion du service, mais pas l'argent pour le réaliser, dans la mesure où (à l'exception du Pays basque et de la Navarre pour des raisons historiques) elles ne bénéficient que d'une partie des principaux impôts perçus sur leur territoire (50 % de l'impôt sur le revenu et de la TVA notamment), ainsi que de fonds d'Etat consacrés à la réduction des inégalités de revenus entre régions. Et malheureusement, la bataille que ces communautés livrent à l'Etat sur le sujet, mais surtout celle qu'elles se livrent entre elles, prennent le pas sur la défense des droits sociaux, alors que ce sont ces droits qui conditionnent la vie des citoyens.

Dans la crise, les communautés autonomes ont dû assumer la partie la plus difficile des politiques d'austérité du fait de coupes décidées par le gouvernement central, dans les dépenses de santé, d'éducation et de protection sociale. Par ailleurs, différentes études convergentes montrent que les communautés autonomes qui ont le plus souffert du système de financement des régions ont été celles de Valence et de Madrid. La révision du système de financement des communautés a déjà pris trois ans de retard par la faute du chef du gouvernement, qui espère que le temps lui évitera d'avoir à arbitrer entre les fonds attribués au gouvernement central et ceux attribués aux régions. Ce retard est aggravé par le refus du gouvernement catalan de participer aux réunions entre experts sur cette révision parce qu'il estime ne pas pouvoir faire confiance au pouvoir central.

L'irresponsabilité des deux parties peut difficilement être supportée par les citoyens. Car ce qui est en jeu, c'est un ensemble de droits et de services publics égaux pour tous.

Andreu Missé, Directeur d'Alternativas Economicas
Alternatives Economiques n° 372 - octobre 2017
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