Gestion : préparer l'après-crise

Marc Mousli
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La gestion prévisionnelle des emplois et des compétences est un exercice difficile, même lorsque l’environnement est calme. En temps de crise, c’est une façon d’affirmer que l’on croit à l’avenir.

Par Marc Mousli, chercheur associé au Lipsor (Cnam-Paris) et chroniqueur régulier sur alternatives-economiques.fr.

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Questions sur l'après-crise

Les entreprises sont inégalement touchées par la crise. Il y a celles qui n'ont pas pu résister à la baisse de leur activité : sous-traitants de l'industrie automobile, transporteurs, agents immobiliers. Il y a celles qui se débattent pour survivre sur des marchés rétrécissant comme peau de chagrin. Il y celles qui ne peuvent investir à cause de la réticence des banquiers à leur prêter des fonds. D'autres pourraient trouver des fonds, mais diffèrent leurs décisions, dans l'incapacité où elles sont d'évaluer la rentabilité future de leurs investissements.

Enfin, il y a celles qui ne sont pas en danger immédiat, mais qui s'interrogent sur ce que sera le monde économique de demain. Cet « après-crise » sera-t-il un retour aux années fastes où la croissance européenne dépassait les 3 % ? Vivrons-nous une période de sagesse, voire d'ascétisme, après avoir renoncé solennellement à tous les excès de consommation ? Trouverons-nous la pierre philosophale d'une régulation souple et efficace des marchés ? Ou nous débattrons-nous dans nos habituelles contradictions, chacun étant favorable à un « grand bond en avant » collectif, avec des comportements écologiquement responsables et une baisse drastique des consommations superflues, tout en exigeant à titre personnel plus de pouvoir d'achat, plus de biens et plus de confort ?

La GPEC, un signe d'espoir ?

Quel que soit le pari qu'ils font sur l'après-crise, les dirigeants économiques doivent donner des signes d'espoir et de volonté de s'en sortir. Chacun cherche le moyen de mobiliser ses troupes sur des projets d'avenir.

L'Union des industries chimiques vient de lancer une campagne qui serait sans doute passée inaperçue en d'autres temps. Elle incite ses adhérents à miser sur la GPEC, la gestion prévisionnelle des emplois et des compétences.

La GPEC - que l'on nomme plutôt, depuis quelques années, GPRH (gestion prévisionnelle des Ressources humaines) - est une démarche structurée de réflexion sur les évolutions de l'entreprise dans les prochaines années : quels seront sa démographie, ses métiers, ses politiques d'embauche, ses besoins en compétences ? Quelles mobilités professionnelles et quelles formations faut-il mettre en oeuvre pour y faire face ?

Au-delà de son côté « communication » interne et externe, la démarche paraît justifiée, car l'industrie chimique change et va continuer à changer. Ses salariés vieillissent : dans la chimie dite de base, un sur trois a plus de 50 ans. La féminisation y progresse : 30 % des postes sont occupés par des femmes, mais dans les écoles d'ingénieurs chimistes, 50 % des élèves sont des filles. L'automatisation, l'informatisation, l'internationalisation modifient rapidement les métiers et les conditions de travail.

Gérer dans le brouillard

La démarche est donc fondée, mais c'est une exploration de l'avenir « à l'aveuglette ». Pour faire de bonnes prévisions, il faut disposer de données fiables sur l'environnement économique, social et commercial. Aujourd'hui, c'est un plongeon dans l'inconnu. On peut tout juste prendre des paris. Et s'il est relativement facile d'anticiper en période stable, en s'appuyant sur des tendances lourdes, c'est beaucoup plus difficile en période de ruptures et de fortes turbulences. Les premières compétences à trouver ne sont donc pas celles de chimistes…, mais celles de prospectivistes capables de travailler sur des scénarios d'avenir multiples et contrastés, et de gestionnaires de resssources humaines souples et intuitifs, pour s'adapter rapidement à des conjonctures fluctuantes.

Marc Mousli
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Articles/GPEC gestion prévisionnelle des emplois et des compétences ( n°055 )