L'éducation (enfin) réconciliée avec la recherche ?

Marie Duru-Bellat, Sociologue
Alternatives Economiques n° 372 - octobre 2017

Les travaux de recherche semblent avoir le vent en poupe auprès du ministre de l'Education, Jean-Michel Blanquer. Ainsi, la décision de dédoubler les classes de CP en zones prioritaires s'inspire-t-elle directement des travaux des économistes Thomas Piketty et Mathieu Valdenaire, qui ont montré que seule une réduction très marquée de la taille de la classe, qui plus est uniquement dans les milieux les plus défavorisés, pouvait réduire les inégalités sociales. Prendre au sérieux les résultats de la recherche, parfait !

Mais en même temps, on semble juger sans importance d'affaiblir (parce qu'il faut bien trouver des enseignants) l'expérience "plus de maîtres que de classe", engagée elle aussi sur la base de certains travaux comparatifs. Par ailleurs, les communes qui le souhaitaient ont pu dès cette rentrée abandonner les rythmes scolaires mis en place en 2014, alors même que, là encore, des travaux de chronobiologie les justifiaient. Dans ces deux cas, on n'éprouve pas le besoin d'attendre les évaluations des réformes engagées, ce qui ne traduit pas un respect sérieux envers la science… Ou envers certaines sciences car, parallèlement, le ministre se montre enthousiaste sur les perspectives ouvertes par les neurosciences en matière d'apprentissage. Enfin, la science viendrait trancher les débats pédagogiques sur le "comment apprendre", loin des affrontements idéologiques d'antan.

Pédagogie

Qui peut croire que c'est la panacée ? Quand les sciences cognitives "découvrent" que la qualité de l'attention est cruciale dans tous les apprentissages, les méthodes pour susciter cette attention relèvent de la pédagogie et celle-ci doit prendre en compte les élèves tels qu'ils sont, pas seulement avec leurs caractéristiques biologiques ou génétiques, mais aussi sociales et psychologiques. Rien n'est parfaitement mécanique dans les apprentissages, sinon des pilules suffiraient. Une masse de recherches, jusqu'alors relativement peu écoutées, sont disponibles sur ces questions. Ainsi la psychologie sociale expérimentale met en évidence le rôle crucial de la façon dont le maître organise la tâche ou parvient à motiver les élèves, en mettant en sourdine toute comparaison entre eux, par exemple. Ou encore, les sociologues montrent que, selon la composition de la classe, des élèves au départ comparables progressent inégalement. Si les neurosciences séduisent dans leur simplicité apparente, les apprentissages restent des activités complexes que toutes les sciences doivent venir éclairer.

Marie Duru-Bellat, Sociologue
Alternatives Economiques n° 372 - octobre 2017
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