Les (gros) mots de l'économie


Alternatives Economiques n° 370 - juillet 2017

Les économistes sont-ils membres d'une secte ésotérique, des poètes méconnus ou des agents secrets en mission ? Grâce aux pouvoirs de la BD, nous levons le voile sur leurs formules les plus mystérieuses…

  • La planche à billets

    Je me souviens d'un jour, il y a longtemps, où accompagnant mon père pour faire les courses, j'étais tombé en arrêt devant la vitrine d'un magasin exposant une voiture à pédales. A mon interjection "Papa, j'la veux ! , il avait sèchement répondu : "Je ne suis pas une planche habillée. Ce qui m'avait laissé coi. Ce que je croyais être une "planche habillée" fut mon premier contact avec ce que les grandes personnes appellent la réalité économique. Pourtant, on sait qu'il a bel et bien existé une authentique "planche à billets" dès 1300 après J. C. , en Chine. ...

  • La trappe à liquidité

    Enfermer durablement un liquide dans une trappe, c'est une gageure : il s'évapore ou s'infiltre. Tous les vignerons savent qu'il faut "ouiller" le vin qui vieillit en barriques, c'est-à-dire compléter de temps à autre le niveau qui tend à diminuer (la "part des anges") pour éviter que le contact avec l'air ne transforme le vin en vinaigre. Il fallait être économiste pour imaginer pareille expression, et économiste anglais, puisque c'est à Keynes qu'on la doit. ...

  • La destruction créatrice

    Stop, laissez tomber le burin, oubliez les explosifs ! La destruction créatrice ne consiste pas à démolir tout ce qui vous tombe sous la main pour faire monter votre cote, tel un artiste contemporain en pleine performance. C'est l'économiste autrichien Joseph Schumpeter, qui, dans les années 1930, a forgé cette expression paradoxale pour décrire les évolutions du capitalisme qui se déroulaient sous ses yeux. Et plus précisément, la façon dont l'innovation et ceux qui la portent - les entrepreneurs - reconfiguraient sans cesse le système économique. ...

  • Le prêteur en dernier ressort

    Ne vous trompez pas : le terme ne vise pas votre grand-mère, qui vous aime bien et vous a sauvé la mise la fois où vous étiez si endetté que vous risquiez de vous faire expulser. Et encore moins la mafia, qui vous a prêté de l'argent alors que personne ne voulait le faire, mais qui vous impose en échange un intérêt prohibitif du genre 100 % par mois et vous menace de vous couper la main droite à la première échéance non honorée. Le (vrai) prêteur en dernier ressort n'a rien à voir avec un buveur de sang. ...

  • La maladie hollandaise

    Nous sommes en 1977 et un mal étrange mine le petit royaume batave, aux affaires naguère si florissantes. C'est à n'y rien comprendre. En 1959, des "hiep hiep hiep hoera ! , exclamation flamande intraduisible, avaient accueilli la découverte de gisements de gaz dans la belle province de Groningue et, au-delà, en mer du Nord. De plutôt aisés, les sujets de Sa Majesté allaient, pour sûr, devenir très riches en exportant leur "or bleu". Et en effet, les florins se sont mis à couler à flots sur le plat pays. Mais, rapidement, l'euphorie gazière a viré à la gueule de bois de genièvre. ...

  • La main invisible

    Amies lectrices, amis lecteurs, autant vous prévenir tout de suite : vous ne ressortirez pas indemnes de cet article. L'économie, ce n'est pas facile à comprendre (c'est pour ça qu'il y a Alternatives Economiques ! , mais intéressés par la chose économique - sinon vous ne seriez pas là -, vous avez bien sûr déjà entendu parler de la "main invisible", mise en avant par l'économiste écossais Adam Smith à la fin du XVIIIe siècle. Rappelez-vous, cela consiste simplement à dire que chacun, en poursuivant son petit intérêt égoïste, contribue au bonheur de tous. ...

  • La stagnation séculaire

    Lorsqu'un économiste vous parle de stagnation, C'est bien qu'il vous réclame un p'tit peu d'attention. Le mot n'est pas marrant, il signifie absence Et pour ces experts-là, c'est absence de croissance. Lorsque l'on y adjoint l'adjectif "séculaire" Précisons-le d'emblée, ce n'est pas populaire. Car cela signifie que c'est pour un moment Que croissance et emplois n'connaîtront plus le beau temps. Mais pourquoi, direz-vous, cet avenir pessimiste ? Qu'est-ce qui peut justifier ce regard alarmiste ? ...

  • Le passager clandestin

    Le passager clandestin, tout le monde le connaît : c'est le gars qui saute par-dessus les tourniquets du métro. Pour une version plus humoristique, vous avez Monkey Business, un film de 1931 où les Marx Brothers sont planqués dans des barriques pour effectuer une traversée en bateau sans payer leur place… et tentent de se faire passer pour Maurice Chevalier, un chanteur français à l'accent parigot et star du Hollywood de l'époque, pour débarquer ! ...

  • Les externalités négatives

    Contrairement aux méchants ordinaires qui fanfaronnent, les externalités sont discrètes. Surtout quand elles sont négatives : elles avancent masquées. Tapies derrière un aimable agriculteur, par exemple : le voici inspectant le blé qui demain fera nos baguettes et nos pains au chocolat. Il est heureux. Il pense à son compte en banque qui va se remplir, tout comme celui du minotier, du transporteur, du boulanger, bref, de tous ces agents économiques qui font la chaîne du pain. ...

  • L'aléa moral

    Lorsque Cendrillon, au douzième coup de minuit, a vu ses somptueux habits de bal se muer en haillons misérables, c'est un changement complet de personnalité, donc de comportement. Cela n'est pas rare et l'on connaît, dans la vie économique française, un économiste renommé devenu imprécateur, traitant de "négationnistes" dont il faut se débarrasser tous ceux qui ne pensent pas comme lui (depuis, je ne suis pas rassuré quand je dois sortir seul la nuit). ...


Alternatives Economiques n° 370 - juillet 2017
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