Les néo-institutionnalistes


Alternatives Economiques Poche n° 031 - novembre 2007

Famille d'inspiration: les institutionnalistes, les néoclassiques.

Ses fondateurs: Ronald Coase (1910- ), un économiste anglais (mais qui a fait l'essentiel de sa carrière aux Etats-Unis, notamment à l'Université de Chicago), lauréat en 1991 du prix "Nobel" d'économie, Oliver Williamson (1932- ).

Principaux représentants: en France, Eric Brousseau (1962- ), Claude Ménard (1949- ).

Ses thèses: cette approche est née d'une interrogation formulée en 1937 par Ronald Coase. Pour produire un bien quelconque, on pourrait très bien passer des contrats sur le marché avec des travailleurs indépendants, les uns pour fabriquer telle pièce, les autres pour fournir tel service. Or, ce n'est pas ce qui se passe: la production s'effectue dans des entreprises, au sein desquelles travaillent des salariés soumis à un lien de subordination. Pourquoi? La réponse de Coase est simple: à cause des coûts de transaction. Coordonner des travailleurs indépendants n'est pas une mince affaire, d'autant qu'ils peuvent faire preuve d'opportunisme et profiter de ce que le producteur ne peut pas se passer d'eux pour menacer de partir et vendre ainsi plus cher leurs services.

Williamson a repris et systématisé cette approche. Il s'appuie sur la théorie de la rationalité limitée de Herbert Simon (lauréat en 1978 du prix "Nobel" d'économie): dans des environnements complexes, les agents ne peuvent pas envisager tous les événements possibles et évaluer parfaitement toutes les conséquences de leurs actes. En conséquence, les contrats sont le plus souvent des contrats incomplets qui n'envisagent pas tous les événements possibles. L'incomplétude des contrats laisse une marge de manoeuvre aux parties, elle permet les comportements opportunistes et la manipulation de l'information par les agents. Heureusement, des choix organisationnels adéquats - par exemple fabriquer soi-même ou confier la fabrication à des sous-traitants - permettent de réduire le risque d'opportunisme. Si une fabrication requiert des investissements spécifiques - une organisation du travail ou des machines particulières utilisables exclusivement pour cette fabrication -, mieux vaut "faire" que "faire faire". Car, dans ce dernier cas, le risque est que le sous-traitant, en situation de monopole, exige une part croissante du bénéfice de la transaction en menaçant de rompre le contrat. Du fait de l'intégration au sein de l'entreprise organisatrice, le risque d'opportunisme est considérablement réduit grâce à la subordination et à la surveillance, en raison des sanctions immédiates que cela susciterait. La hiérarchie se substitue alors au marché, le commandement à la négociation, et l'organisation du travail à la contractualisation avec des sous-traitants.

En savoir plus

"Williamson et la nouvelle économie institutionnelle " (interview), Philippe Frémeaux, Alternatives Economiques n° 122, décembre 1994.


Alternatives Economiques Poche n° 031 - novembre 2007
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