Les structures d'insertion dans l'incertitude

Aude Martin
Alternatives Economiques n° 379 - mai 2018

Les structures d'insertion par l'activité économique se mobilisent pour un meilleur accès à la formation professionnelle.

Le secteur de l'insertion par l'activité économique (IAE), qui accompagnait fin 2016 plus de 130 000 salariés éloignés de l'emploi, traverse une mauvaise passe. Le premier point de blocage concerne la formation des travailleurs en insertion. Pourtant relativement précaires (en 2016, près de 40 % des nouveaux salariés étaient chômeurs de très longue durée), les travailleurs de l'IAE ont des droits à la formation identiques aux salariés de droit commun. "Or, à l'inverse d'une entreprise classique, les structures d'insertion par l'activité économique (SIAE) ne peuvent pas capitaliser sur la formation de leurs travailleurs - qui ont vocation à trouver un emploi plus pérenne ailleurs - et ont donc un besoin de financement plus important", souligne Luis Semedo, délégué national du réseau Chantier école.

A l'occasion des débats sur le projet de loi "Pour la liberté de choisir son avenir professionnel", le réseau Chantier école espère ainsi voir reconnue la responsabilité des structures d'insertion en matière de formation pour venir compléter la simple mission d'accompagnement qui leur est dévolue aujourd'hui. "Nous souhaitons également que le contrat à durée déterminée d'insertion (CDDI), qui a été généralisé dans les structures d'insertion depuis 2014, soit reconnu comme une forme d'alternance - en l'occurrence entre travail et formation -, afin de nous permettre de mobiliser les financements fléchés pour ces dispositifs", explique Luis Semedo.

Autre point d'inquiétude : si les CDDI ne sont pas directement concernés par la baisse de 120 000 contrats aidés prévue en 2018, les SIAE embauchent aussi des salariés permanents qui, eux, en bénéficiaient. "L'impact le plus fort se fait ressentir pour les SIAE de petite taille", indique l'Avise, le portail de développement de l'économie sociale et solidaire.

En outre, deux ans après son adoption, le bilan de la réforme qui était censée clarifier les mécanismes de financement de l'IAE est mitigé. Pour nombre d'acteurs, l'introduction d'une part variable dans les aides versées aux structures d'insertion (notamment en fonction des statistiques de retour à l'emploi durable) "est incompatible avec leur objet social et le public auquel elles s'adressent", souligne France Active dans son dernier rapport [1]. "Cette aide modulable permet tout de même d'augmenter le budget du secteur de 5 %", nuance Luis Semedo. Dernier écueil évoqué dans le rapport de France Active : la loi relative à la "Nouvelle organisation territoriale de la République" (NOTRe) éloigne les structures d'insertion de leur échelon de décision régional et en oblige certaines - en particulier en milieu rural - à se regrouper, au risque de perdre leur précieux ancrage territorial.

En savoir plus

"L'insertion par l'activité économique en 2016 : stabilité de l'emploi malgré une reprise des embauches dans les EI et les ETTI", Dares résultats n° 74, novembre 2017, https://bit.ly/2IQ4xjB

Aude Martin
Alternatives Economiques n° 379 - mai 2018
 Notes
  • (1) Voir "Les enjeux sociaux et économiques des structures de l'insertion par l'activité économique", France Active, février 2018.
Articles/Les structures d'insertion dans l'incertitude ( n°379 )