Nucléaire : avenir bouché

Antoine de Ravignan
Alternatives Economiques n° 372 - octobre 2017
Mises en chantier de réacteurs nucléaires dans le monde (1951-2017)

La dernière édition du "World Nuclear Industry Status Report" confirme le déclin de l'atome.

En 2010, un an avant Fukushima, quinze nouveaux réacteurs nucléaires avaient été mis en chantier dans le monde. En 2015, ce chiffre était tombé à huit. Puis à trois en 2016. Au cours du 1er semestre 2017, on n'a coulé le premier béton que d'un seul réacteur. Même en Chine, qui assurait pourtant quasiment à elle seule la supposée "renaissance du nucléaire mondial", les constructions sont retombées depuis 2010.

L'industrie nucléaire, en France en particulier, a beau s'efforcer de faire croire qu'elle a encore un brillant avenir devant elle, ce n'est pas ce que racontent les faits. Et c'est tout l'intérêt du rapport annuel sur l'état de l'industrie nucléaire dans le monde, produit sous la direction du consultant Mycle Schneider, que de s'en tenir strictement à des faits établis. Si les analyses sur les coûts comparés du nucléaire sont d'éternels sujets de controverse, en revanche, personne ne peut discuter l'évolution du nombre de réacteurs, leur production, leur âge, les cours de Bourse ou les résultats présentés par les entreprises du secteur elles-mêmes. Et tout cela ne dresse pas un tableau bien fameux.

Pour la quatrième année consécutive le total des réacteurs en construction a baissé, passant de 68 fin 2013 à 53 mi-2017, dont 20 en Chine. Sur ces 53 réacteurs, 37 accusent des retards, 8 sont en construction depuis dix ans ou plus, dont 3 depuis plus de trente ans ! Le contraste avec les renouvelables est extrême : alors que la capacité nucléaire mondiale a augmenté de 9 GW en 2016 (+ 1 %), ces chiffres étaient de + 75 GW pour le solaire et + 55 GW pour l'éolien. Et, du coup, les entreprises du secteur sont à genoux : faillite en mars 2017 de Westinghouse, filiale américaine de Toshiba et n° 1 mondial, pertes colossales d'Areva (un cumul de 12,3 milliards de dollars sur six ans).

La dégradation de la rentabilité du nucléaire face à ses concurrents (charbon, gaz et, désormais, renouvelables) pousse les électriciens à prolonger au maximum la durée d'exploitation de leurs centrales vieillissantes. Sur les 403 réacteurs en service dans le monde (35 de moins que le pic observé en 2002), 234 ont passé l'âge de 31 ans et 64 ont plus de 41 ans. Ce qui pose de redoutables problèmes de sécurité, qui risquent d'aller en se multipliant.

En savoir plus

"The World Nuclear Industry Status Report 2017", par Mycle Schneider (dir.), septembre 2017, accessible sur www.worldnuclearreport.org

Antoine de Ravignan
Alternatives Economiques n° 372 - octobre 2017
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