Pétrole : l'autre nerf de la guerre

Gérard Vindt
Alternatives Internationales Hors-série n° 011 - juillet 2012

Les conflits du XXe siècle ont prouvé que pétrole et guerre sont intimement liés. Pendant les deux Guerres mondiales, en particulier, l'or noir était un enjeu stratégique et militaire.

Si les Alliés ne veulent pas perdre la guerre, il faut que la France […] possède l'essence, aussi précieuse que le sang dans les batailles de demain. " Dans ce télégramme envoyé le 15 décembre 1917 au président américain Woodrow Wilson, Georges Clémenceau réclame d'urgence 100 000 tonnes de carburant pour alimenter la machine de guerre française en panne sèche. L'aide américaine sera au rendez-vous car dans une guerre de plus en plus mécanisée où camions, navires, blindés et avions assurent la logistique et décident du sort des armes, le pétrole joue désormais un rôle stratégique.

Dès la veille de la Première Guerre mondiale, l'Amirauté britannique en prend conscience et pousse l'État à devenir le principal actionnaire de l'Anglo-Persian Oil Company (devenue depuis BP). Ainsi, Winston Churchill peut déclarer : " Pour la victoire, la marine de Sa Majesté possède ses propres ressources de carburant ".

L'Iran, une vieille histoire

Moyen de la guerre, le pétrole en est aussi un objectif. En août 1916, la Roumanie est attaquée (et vaincue) par les troupes allemandes et austro-hongroises. Sont visés ses champs pétrolifères, alors parmi les plus productifs au monde. Mais avant que les puits soient pris, les Roumains et leurs alliés franco-britanniques les sabotent, privant ainsi l'Allemagne d'une énergie et d'une industrie qu'elle mettra de long mois à remettre partiellement en route.

L'entre-deux-guerres puis la Seconde Guerre mondiale sont marqués par cette même volonté des grandes puissances d'accéder aux ressources pétrolières du Moyen-Orient.

Ainsi, en août 1941, l'Iran est envahi par les Anglais et les Russes, qui ont besoin de protéger la raffinerie d'Abadan. En décembre 1941, c'est l'embargo sur les matières premières, décrété par les États-Unis et le Royaume-Uni contre le Japon en réaction à son expansionnisme asiatique, qui décide les stratèges japonais à attaquer la flotte américaine à Pearl Harbor. En novembre 1943, la victoire anglaise d'El-Alamein en Égypte empêche les troupes de Rommel de menacer le canal de Suez et les champs pétroliers de la péninsule arabique. Et les batailles de Stalingrad (août 1942-février 1943) puis de Koursk (juillet-août 1943) permettent aux Soviétiques de couper l'accès au pétrole du Caucase, convoité par les Nazis.

Des routes du pétrole pour lesquelles on pourrait de nouveau se faire la guerre, si elles venaient à être coupées. Ce que le régime iranien a menacé de faire, en janvier dernier, dans le détroit d'Ormuz.

Gérard Vindt
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