Transition : un débat au-delà du nucléaire

Alain Grandjean, Economiste, cofondateur de Carbone 4
Alternatives Economiques n° 378 - avril 2018

Cinq ans après le débat sur la transition énergétique, prélude à la loi sur la transition énergétique pour la croissance verte (LTECV) votée en 2015, un débat public relatif à la mise à jour de la programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE) vient d'être lancé [1].

Quels en sont les enjeux ? Il s'agit de programmer, ces prochaines années, les opérations nécessaires à la mise en oeuvre des deux grands objectifs de la loi, indépendants l'un de l'autre : la réduction de nos émissions de gaz à effet de serre (nous permettant de nous conformer à l'accord de Paris) et celle de la part du nucléaire dans le mix électrique. Concernant le nucléaire, il va falloir, concrètement, définir un programme d'arrêt et de déconstruction d'un certain nombre de réacteurs.

Pour le choix des réacteurs à fermer, plusieurs éléments seront à prendre en considération : leur état et le coût éventuel de leur mise à niveau de sécurité souhaitable, l'ampleur des conséquences d'un éventuel accident, l'impact du changement climatique sur les cours d'eau, réduisant dans certains cas l'indispensable capacité de refroidissement des réacteurs…

Nul doute que le nucléaire fera l'objet de discussions passionnées. Il serait cependant regrettable que ce sujet emporte toute l'attention au détriment du premier objectif de la loi : l'objectif climatique. Sa réussite est loin d'être assurée, comme vient encore de le souligner un avis récent du Cése [2]. Nous sommes en retard sur tous les fronts. En matière d'économies d'énergie, le plan de rénovation des bâtiments est à la traîne [3] et insuffisamment efficace [4]. De leur côté, les énergies renouvelables, électriques ou non, ne se développent pas assez vite. Si, dans les cas de l'éolien et du solaire, les obstacles sont bien identifiés et commencent à être levés (ce qui n'empêche qu'il reste à régler plusieurs dispositifs), ce n'est pas le cas des ressources qui dépendent de la mobilisation de la biomasse (réseaux de chaleur, bois de chauffage et biométhane). Il est tout bonnement impossible d'atteindre nos objectifs climatiques sans elles, car le report vers l'électricité (à supposer qu'elle soit décarbonée) ne sera que partiel.

Certes, les questions d'efficacité énergétique et de valorisation des énergies renouvelables font couler moins d'encre que le nucléaire, mais elles sont déterminantes pour la vie des Français et la réussite du plan climat. Espérons qu'elles auront la place qu'elles méritent dans le débat et dans les décisions à prendre cette année.

Alain Grandjean, Economiste, cofondateur de Carbone 4
Alternatives Economiques n° 378 - avril 2018
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