Verdir la finance : un plan pour l'Europe

Pascal Canfin, Directeur exécutif du WWF France et membre du HLEG
Alternatives Economiques n° 377 - mars 2018

Comment financer une économie alignée avec l'accord de Paris si on ne change pas les règles du jeu sur les marchés financiers ? Comment réorienter les choix d'investissements de tous ceux qui gèrent notre épargne s'ils n'ont aucune obligation de prendre en compte le climat dans leur activité ? Créé il y a un an à l'initiative de la Commission européenne, le groupe d'experts de haut niveau sur la finance durable, ou High-Level Expert Group on Sustainable Finance (HLEG), a remis ses propositions le 31 janvier dernier [1]. Et il y a de quoi bousculer bien des habitudes.

Le HLEG a notamment recommandé d'intégrer la gestion des risques environnementaux dans le champ de la responsabilité légale des banques et des autres acteurs financiers. Aujourd'hui, un fonds de pension peut juger que prendre en compte l'enjeu climatique dans ses choix d'investissement est en dehors du mandat que lui confie l'épargnant. Mais comme les fonds de pension ont des engagements qui peuvent parfois aller jusqu'à quarante ans, quand leur client prendra sa retraite, faire comme si le réchauffement de la planète n'existait pas est un point aveugle. Or, rien n'oblige pour l'instant les fonds de pension à s'intéresser à ces questions.

Une autre piste de réflexion du HLEG est la modification des règles qui régissent le fonctionnement des banques. Il s'agirait d'augmenter le montant de capital qu'elles doivent mettre de côté quand elles prêtent pour financer, par exemple, une centrale à charbon ou une voiture très polluante ; et inversement, de diminuer ce montant quand elles financent des énergies renouvelables, une voiture électrique ou un logement basse consommation. Il faut espérer que le Parlement européen, qui négocie en ce moment même une révision de la directive européenne encadrant les fonds propres des banques, se prononce sur le sujet.

D'autres idées importantes ont été mises sur la table. Par exemple rendre obligatoire le fait d'interroger tout client sur ses préférences en matière de développement durable, et de lui proposer en conséquence un produit d'épargne respectant des critères sociaux et environnementaux élevés.

La balle est maintenant dans le camp de la Commission européenne, qui s'est engagée à produire un plan d'action détaillé début mars. Si une grande partie des 24 propositions du HLEG sont reprises, alors l'Union européenne aura la feuille de route la plus ambitieuse au monde en matière de finance verte. Ce sera ensuite au Parlement européen et aux Etats membres de prendre leurs responsabilités.

Pascal Canfin, Directeur exécutif du WWF France et membre du HLEG
Alternatives Economiques n° 377 - mars 2018
 Notes
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